jeudi 8 septembre 2016

Déclin des abeilles : une étude de l'INRA confirme la responsabilité des pesticides

Déclin des abeilles : l'exposition des mâles à un pesticide affecte indirectement la capacité de reproduction des reines selon un rapport des chercheurs de l'Inra (Institut National de Recherche Agronomique) publié dans la revue Scientific Reports début septembre 2016.

L'INRA de France vient d'annoncer que l'exposition des abeilles mâles à un pesticide, le fipronil, un néonicotinoïde, affecte indirectement la capacité de reproduction des reines. 


La mortalité dramatique des abeilles que nous observons depuis plusieurs années, bien que contestée par les lobbies de l'agrochimie, est sans aucun doute liée à l'utilisation massive des pesticides de synthèse systémiques (captés par les racines et circulant dans la sève), notamment ceux appartenant à la famille des néonicotinoïdes. Les abeilles butineuses en puisant dans les fleurs gorgées de ces poisons finissent par mourir.

 Mais qu'en est-il des abeilles mâles ? Les pesticides dont la plupart sont considérés comme des perturbateurs endocriniens chez l'homme provocant, entre autres effets secondaires, des troubles de la fertilité et de la fécondité, auraient-ils aussi un effet sur les mâles qui jouent bien évidemment un rôle fondamental dans la reproduction des colonies ?
La réponse est oui, viennent de déclarer les chercheurs de l'INRA dans un communiqué publié le 6 septembre 2016. Selon eux, " l'exposition des abeilles mâles à un pesticide néonicotinoïde, le fipronil, affecte la concentration, le taux de survie et le métabolisme de leurs spermatozoïdes ".
Autre résultat original, précise l'INRA : " de jeunes reines vierges inséminées avec le sperme de ces mâles présentent une diminution de 30% du nombre de spermatozoïdes viables qu'elles stockent pour féconder leurs oeufs. Ces troubles de la reproduction pourraient être une des causes du déclin des colonies, largement observé dans le monde ces dernières décennies ".

La fertilité des mâles altérée

Pour parvenir à ces constatations les chercheurs de l'Inra se sont intéressés à la qualité des semences mâles. Ils ont élevé des mâles (faux-bourdons) en conditions semi-contrôlées, de la naissance jusqu'à la maturité sexuelle. Ils ont exposé quotidiennement une partie de ces mâles au fipronil via un sirop contaminé à une faible concentration environnementale, de 0,1 µg/L (0,1 ppb). Comme en conditions naturelles, ces mâles ont été nourris jusqu'à leur maturité par une alimentation récoltée par les butineuses. Ils ont ensuite réalisé prélèvements et analyses. Et les résultats montrent que " le fipronil altère la fertilité en affectant la concentration, le taux de survie et le métabolisme des spermatozoïdes dans les semences des mâles sexuellement matures ". Le fipronil est un insecticide, acaricide, termicide utilisé notamment pour le traitement des semences sous le nom de Régent commercialisé par le groupe BASF.
Beaucoup moins de spermatozoïdes viables dans la spermathèque des reines
Les chercheurs de l'Inra ont ensuite voulu savoir quelles conséquences pouvait avoir une baisse de fertilité des mâles sur le potentiel reproducteur de la reine, élément clé pour la colonie.
En effet, la reine, en s'accouplant au début de sa vie avec de nombreux mâles, doit constituer un stock de spermatozoïdes dans sa spermathèque, à partir duquel elle devra produire l'ensemble des ouvrières de sa colonie et en assurer ainsi la pérennité. 

Pour cela, ils ont inséminé artificiellement de jeunes reines vierges et ont observé, après deux semaines d'élevage en laboratoire, la qualité de remplissage de la spermathèque. Les résultats révèlent que ces jeunes reines non exposées, mais ayant été inséminées par des semences provenant des mâles exposés, présentent une diminution de 30% du nombre de spermatozoïdes viables stockés dans leur spermathèque pour fertiliser les oeufs.

Ainsi l'exposition des mâles au fipronil conduit à une altération des mécanismes de sélection des meilleures semences retenues par les reines. Et pour les chercheurs de l'INRA, " les préjudices d'une telle atteinte du potentiel reproducteur pourraient être un facteur explicatif de la défaillance des reines observée dans les exploitations apicoles qui se traduit par des pertes prématurées des reines et/ou par des effets sur la production des ouvrières, perturbant le bon développement des colonies ".
Ces travaux montrent donc sans équivoque que des altérations induites par les pesticides chez des mâles exposés peuvent avoir des répercussions néfastes à l'échelle d'une colonie entière.
Il ne reste plus qu'à espérer que nos responsables politiques, français et européens, lisent ce rapport de l'INRA publié dans la revue Scientific Reports, comprennent la gravité de la situation, et prennent enfin la décision d'interdire définitivement, et sans délai, les pesticides de synthèse néonicotinoïdes. Car outre les effets toxiques de ces produits chimiques pour notre santé, la disparition des abeilles pollinisatrices serait une catastrophe majeure pour l'humanité.

José Vieira



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