lundi 5 septembre 2016

Déclin des abeilles : l’effet conjugué pesticide-parasite affecte aussi la survie des reines


Les chercheurs de l’Inra France montrent aujourd’hui que l’exposition chronique et indirecte à une dose très faible d’un pesticide néonicotinoïde, ainsi que l'infection par un parasite commun des abeilles, affecte très fortement la survie des reines en conditions naturelles et modifie leur physiologie. L’interaction entre l’imidaclopride et Nosema cerana est encore plus néfaste sur les reines que chaque stress pris séparément. Ces résultats sont publiés le 31 août 2016 dans Scientific Reports.

Dans la nature, les colonies d'abeilles domestiques (Apis mellifera) sont constamment exposées à des facteurs de pression multiples, entre autres insecticides et agents pathogènes, dont l'action conjointe est suspectée être en partie à la base du déclin des colonies. 

Face à la mortalité accrue des abeilles ouvrières, la fertilité de la reine est essentielle pour le renouvellement de la population et la survie de la colonie. Or, les apiculteurs constatent des mortalités anormales de reines depuis plusieurs années, au point que certains d’entre eux doivent changer systématiquement une partie importante de leur cheptel de reines afin d’éviter la perte de leurs colonies, alors qu’une reine peut normalement vivre de 4 à 5 ans.


Les insecticides de la famille des néonicotinoïdes sont au centre de la controverse à cause de leur toxicité élevée pour des organismes non-cible comme les pollinisateurs. Jusqu'à présent la majorité des recherches ont ciblé les effets nocifs des pesticides et autres facteurs sur les ouvrières. Les chercheurs de l’Inra ont étudié le comportement de reines, exposées à un pesticide néonicotinoïde de façon indirecte et/ou à l’agent pathogène Nosema cerana.

Ils ont ainsi élevé 4 groupes de 10 reines, et ont reconduit l’expérience pendant 2 années. En laboratoire, un groupe a été nourri par des ouvrières elles-mêmes exposées à un pesticide néonicotinoïde (imidaclopride), un deuxième a été exposé au parasite Nosema cerana, le troisième aux deux stress, le quatrième étant le groupe témoin. Ensuite, les jeunes reines ont été installées, comme le font les apiculteurs, dans de petites ruches placées dans des champs (voir photo), pour qu’elles puissent sortir s’accoupler et revenir pondre leurs œufs.

Introduction d'une cage à reine dans un nuclei. © Inra, Claudia DUSSAUBAT
Introduction d'une cage à reine dans un nuclei © Inra, Claudia DUSSAUBAT
Reine marquée dans une cagette de laboratoire.. © Inra, Claudia DUSSAUBAT
Reine marquée dans une cagette de laboratoire. © Inra, Claudia DUSSAUBAT

 

L’interaction entre le pesticide et l'agent pathogène est encore plus néfaste sur les reines que chaque stress pris séparément

Les résultats montrent que l'exposition chronique et indirecte à une dose très faible d’un pesticide néonicotinoïde, l'imidaclopride (0,7 ppp, dose à laquelle les abeilles peuvent être confrontées dans la nature), ainsi que l'infection par un parasite commun des abeilles, Nosema cerana, affecte très fortement la survie des reines en conditions naturelles et modifie leur physiologie. L’interaction entre le pesticide et l'agent pathogène est encore plus néfaste sur les reines que chaque stress pris séparément. En effet, sur les 2 expérimentations menées, entre 90% et 100% des reines ont disparu dans un délai de 45 à 90 jours.

Les chercheurs de l’Inra ont observé une réponse de protection contre l’action de l'imidaclopride, et notamment contre le stress oxydant du à l'interaction parasite - pesticide, à travers l'augmentation de l'activité d’enzymes spécifiques dans la tête et l'intestin des reines. Cependant, ces mécanismes de protection ne seraient pas suffisants pour éviter la mortalité prématurée des reines. 

Ces résultats pourraient expliquer la perte de la capacité de résilience de la colonie, lorsque la disparition de la reine entraîne l’arrêt de la ponte et donc la production de nouvelles ouvrières.

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Santé des plantes et environnement
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Provence-Alpes-Côte d'Azur
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