jeudi 23 juillet 2015

Des paysans de la molécule rare travaillent pour Chanel et BASF

par Gilbert Reilhac le 23/07/2015


                                                                                             DR. Les Echos

LARONXE, Meurthe-et-Moselle (Reuters) - Dans ses serres de Laronxe, dans l'est de la France, Plant Advanced Technologies (PAT) cultive des plantes comme on élève les vaches, extrayant de leurs racines des molécules rares pour la cosmétique, la pharmacie ou l’agrochimie.

Issu de la recherche fondamentale, ce procédé "Plante à traire" a séduit plusieurs industriels, dont Chanel pour ses plantes anti-âge et BASF, premier groupe chimique mondial, qui vient de signer un partenariat avec l’entreprise de Meurthe-et-Moselle, notamment pour des bio-pesticides.

"Notre métier consiste à développer des plateformes végétales pour produire des biomolécules très rares de façon industrielle", explique Jean-Paul Fèvre, président et cofondateur de PAT, un brevet Inra France (Institut national de la recherche agronomique)-Université polytechnique de Lorraine.
"Nous sommes les paysans de la molécule", ajoute cet ingénieur agronome qui fut directeur de recherche chez Sanofi.

Au terme de l’accord conclu en mai avec BASF, le géant allemand obtient l’exclusivité des tests de molécules intéressant l’agriculture, notamment les bio-pesticides.
En retour, l’entreprise chimique allemande met ses équipes de recherche et ses moyens de développement industriel au service de la start-up, qui célèbre cette année ses dix ans d’existence et ses six années de cotation sur Alternext.

NIVEAUX D'EFFICACITÉ INCONNUS JUSQU'ICI
"Ce qui fait l’originalité de PAT, c’est d’abord le ciblage des végétaux dignes d’intérêt. Dans une recherche à l’aveugle, il faut tester 150.000 molécules pour en trouver une digne d’intérêt. Là, nous sommes à des taux de 30%", souligne Jean-Marc Petat, directeur du développement durable et de la communication de BASF France.
"Et les premiers résultats montrent des niveaux d’efficacité qu’on n’a jamais rencontrés jusqu’ici", ajoute-t-il.
Selon une étude publiée l’an dernier par BCC Research, un institut américain privé de recherche, le marché du "biocontrol", les produits phytosanitaires issus de la nature, pesait 3,6 milliards de dollars en 2014, soit 5,8% d’un marché global évalué à 61,8 milliards de dollars.
Il devrait quasiment doubler d’ici 2019 pour atteindre 6,9 milliards de dollars et 8,2% d’un marché dont le niveau est attendu à 83,7 milliards de dollars.
Sous les 2,3 hectares de serres de Laronxe, une centaine de variétés sont testées chaque année en vue d’une mise en production. Les plantes sont cultivées en "aéroponie", sans contact avec aucun substrat.
Les tiges et leur feuillage sont plantés dans des pots remplis de billes d’argile, sur des tables à un mètre du sol.
C’est dessous, à l’abri de tabliers opaques, que se développe "l’usine à molécules" : foisonnantes chevelures de racines blanches, brunes, ocres ou jaunes dont un brouillard nutritif, à intervalles réguliers, active la croissance.
"Les plantes fabriquent à l’état naturel des molécules de défense (contre les agressions). Nous faisons en sorte qu’elles en produisent la plus grande quantité possible", explique Frédéric Bourgaud, vice-président de PAT dont il est également cofondateur, et directeur d’une unité de recherche mixte Inra-Université de Nancy.

MULTIPLIER LE RENDEMENT DES PLANTES
Pour y parvenir, les plantes sont "stimulées" par pulvérisation d’une solution portant la signature moléculaire d’un agresseur tel que bactérie, champignon ou insecte, selon le principe du vaccin.
La "traite" a lieu plusieurs fois par an, par immersion des racines dans un bain solvant biosourcé.
Avec une production de molécules multipliée par cinquante et six récoltes par an, PAT affirme multiplier par 300 le rendement des plantes, dont certaines rares, sans les détruire. Quelque 1.000 m2 de serres remplacent 30 hectares en plein champ.
Chanel fut la première entreprise, en 2012, à confier à PAT la production d’une molécule, un anti-oxydant pour une crème anti-âge, extrait de l’Edulis, plante grasse d’Afrique du sud.
La plateforme de Laronxe, développée à partir de ce premier contrat, dispose de capacités de "traite" de un à dix grammes de molécules par m2 et par an, soit quelques dizaines de kilos.
La métaphore laitière s’arrête là puisque ces principes actifs se négocient entre 100 et 2.000 euros le gramme.
PAT annonce avoir 28 molécules dans les tuyaux dont certaines concernent des traitements anti-inflammatoires, anti-cancer ou anti-Alzheimer.
L’entreprise, qui a levé 10,3 millions d’euros sur le marché depuis sa création et qui emploie 35 personnes, dont 15 dans ses laboratoires de recherche de Vandoeuvre-lès-Nancy, estime pouvoir devenir rentable d’ici un an et demi.
Son résultat d’exploitation se soldait en 2014 par un négatif de 1,1 millions d’euros pour 902.000 euros de chiffre d’affaires (555.000 apportés par la vente des molécules, 347.000 par des contrats de recherche).
Elle s’apprête à construire une plateforme de production à La Réunion et annonce la mise en oeuvre d’un second procédé innovant d'ici un an, la production de protéines recombinantes par des plantes carnivores génétiquement modifiées.
Le nom du brevet : PAT Vendredi, clin d’œil au compagnon de Robinson échappant aux cannibales, comme le seront ces protéines produites par celles qui avaient vocation à les manger.

(Edité par Yves Clarisse)

Source:  http://www.boursier.com/actualites/reuters/des-paysans-de-la-molecule-rare-travaillent-pour-chanel-et-basf-177374.html?fil94


mercredi 22 juillet 2015

Lutte contre le carpocapse : la guerre des odeurs est déclarée

Publié le 16/07/2015 Par Sebastián Escalón pour Inra

Des chercheurs ont découvert dans l’antenne du papillon le récepteur de l’ester de poire, odeur qui guide le carpocapse vers les fruits sur lesquels il pond ses œufs. Ceci permettra de mettre au point des nouvelles méthodes de lutte contre ce papillon nuisible qui soient respectueuses de l’environnement.




 Quoi de plus désagréable que de croquer une pomme et de se rendre compte après-coup qu’un ver y logeait ? Le carpocapse, petit papillon qui dépose ses œufs sur les fruits à pépins (pommes et poires), pose un véritable problème pour les producteurs de fruits. Nombre d’entre eux voient chaque année une partie de leur récolte transformée en gruyère par les vers. Comment faire face à ce nuisible lorsque l’on est sous label bio ou que l’on cherche à diminuer son usage d’insecticides ? Une équipe franco-italo-suédoise et qui inclut l’Inra cherche de nouvelles solutions respectueuses de l’environnement en étudiant l’odorat du papillon. En effet, en jouant sur les odeurs, on pourrait les désorienter et les empêcher de trouver les fruits défendus.

La guerre des odeurs

Il existe déjà des méthodes de lutte contre le carpocapse basées sur des odeurs ou des phéromones. Ces méthodes sont en œuvre chez de nombreux producteurs. Elles ont néanmoins une très grande marge d’amélioration. « Les méthodes utilisées sont assez chères à mettre en œuvre et les molécules ne sont pas optimisées. Pour améliorer ces méthodes, nous devons connaître les récepteurs qui détectent les odeurs », indique Emmanuelle Jacquin-Joly, du laboratoire d’Écologie sensorielle (Institut d’écologie et des sciences de l’environnement de Paris (Inra / Université Paris VI).
Le carpocapse sent les odeurs grâce aux 60 à 70 types de récepteurs olfactifs placés sur ces antennes. Pour identifier les récepteurs les plus intéressants pour perturber l’orientation des papillons, les scientifiques ont tout d’abord cherché dans l’ADN du papillon tous les gènes des récepteurs olfactifs. Ils en ont choisi quelques-uns qu’ils ont implantés dans l’ADN de drosophile, la mouche à vinaigre, afin de mieux les étudier. Ensuite, en exposant ces mouches à des odeurs de fruit et des phéromones, ils ont pu déterminer les molécules spécifiquement captées par ces récepteurs. 



C’est ainsi qu’ils sont parvenus à identifier le récepteur olfactif de l’ester de poire. Malgré son nom, cette molécule est tout aussi bien relâchée par les pommes. Les femelles carpocapse se laissent guider par l’ester de poire pour retrouver les fruits qui abriteront leur descendance. Cette découverte constitue donc un levier important pour mieux modifier le comportement du carpocapse.
« Grâce à l’identification de ce récepteur, l’on pourra mettre au point des molécules de synthèse non toxiques agissant de façon plus puissante que l’ester de poire sur l’odorat des papillons » explique Emmanuelle Jacquin-Joly. Ainsi, les agriculteurs pourront attirer les femelles du carpocapse hors de leur verger ou les attirer vers des pièges à glu.
Mais ce n’est pas tout. « Grâce à la structure du récepteur, on pourra de même identifier des molécules antagonistes capables de le bloquer ». Diffusés dans un champ, ces composés empêcheraient ainsi le carpocapse de sentir l’ester de poire, et donc de retrouver les fruits.
Avantage de ces systèmes de protection des vergers : ils sont parfaitement ciblés sur un seul insecte. En effet, les récepteurs olfactifs sont différents pour chaque espèce. Ainsi, ces molécules pourront perturber le comportement du carpocapse sans affecter le moins du monde les insectes bénéfiques. Les abeilles en seront reconnaissantes !



mardi 21 juillet 2015

A la poursuite de xylella, la bactérie qui tue les oliviers

Publié le




Une province sinistrée

Diagnostiquée "par hasard" à Taviano il y a deux ans par Donato Boscia, professeur à l'institut de virologie végétale de Bari, xylella a fait des ravages. Transformé cette province pauvre du sud de Brindisi en une plaine pestiférée, abandonnée à son sort. Sur les chemins qui croisent entre les milliers d'oliveraies aux tâches brunes, des panneaux "zone empoisonnée", ornés d'une tête de mort, indiquent les foyers de la bactérie. "Environ 20 % des 10 à 11 millions d'oliviers plantés sur les 95 000 hectares de la province sont touchés, estime Donato Boscia. Mais comme rien n'a été fait, toute cette partie des Pouilles est livrée à elle-même."
Le gouvernement italien a bien ordonné l'éradication des arbres contaminés et la pulvérisation intensive d'herbicides et insecticides. Les tronçonneuses n'ont pas hurlé longtemps à la télévision, enrayées par les écologistes et les élucubrations de stars qui, depuis Rome, pleuraient pour qu'on ne détruise un patrimoine millénaire comparé au Colisée. Résultat : seuls sept arbres ont été arrachés. La province a été déclarée sinistrée, fermée par une zone tampon, dérisoire ligne Maginot, au nord de Brindisi, au milieu de laquelle la xylella s'est déjà offert un nouveau cocon.
L'Europe est intervenue à son tour. Mais là encore, les Italiens ont évité de déclencher la colère des Dieux. "On donne l'impression que le Salento est touché par la peste, s'indigne Mauro Della Valle, président de la fédération balnéaire. Ces panneaux à tête de mort sont de très mauvais goût et excessifs. Les touristes vont croire qu'ils risquent pour leur santé ici."

"On veut sauver nos oliviers millénaires"

Ce n'est évidemment pas le cas. "Beaucoup de gens parlent sans savoir", souffle Federico Manni, directeur d'une cave coopérative à Racale et président de l'association "Vocce dell'olive" qui regroupe 600 oléiculteurs. "On est inquiets pour nos paysages et nos traditions. On ne veut pas perdre le tourisme, mais on veut d'abord sauver nos oliviers millénaires. Notre huile est l'une des meilleures du monde parce qu'on a toujours privilégié une culture organique, sans utiliser trop de produits chimiques. C'est notre mode de vie."
Aidés des scientifiques, les producteurs greffent donc aux arbres malades des branches d'oliviers plus résistants à la bactérie. Sur la route de Santa Maria de Leuca, certains ont déposé de l'huile d'olive à la chapelle de la vierge.
Officiellement déclarée en novembre 2013 dans les Pouilles, la xylella fastidiosa a l'âme baladeuse. Repérée un peu partout aux Amériques, détectée à Taïwan, elle s'est invitée au mois d'avril dans un plant de caféier à Rungis, le marché alimentaire des portes de Paris. Xylella arrivait d'Amérique centrale, via les Pays-Bas. Isolée, détruite, elle n'avait de toute façon pas d'insecte pour la porter. Mais a confirmé les inquiétudes du gouvernement qui, le 4 avril, avait décidé "d'interdire l'importation de végétaux sensibles à xylella fastidiosa et provenant des zones touchées par la bactérie."
L'Italie n'a pas apprécié, comme elle n'a pas aimé la quarantaine établie en Corse sur ses végétaux. Car le risque de la voir s'attaquer aux oliviers, aux lauriers ou aux agrumes est réel.
"La maladie sera inexorablement chez nous d'ici quatre ou cinq ans", estime Jean-Yves Rasplus, entomologiste à l'Institut national de recherches agronomiques (Inra) de Montpellier. "Le tout est de trouver la parade d'ici là." En relation avec l'Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) d'Angers, il travaille sur la cicadelle, l'insecte qui véhicule la bactérie. "Si on met le doigt dans l'engrenage qui permet à la bactérie de s'accrocher à la gorge de l'insecte et de manipuler génétiquement la plante, provoquant une sorte d'infarctus, on arrivera à arrêter la transmission."

A Marseille, on cherche le virus qui pourrait tuer la xylella

Une autre méthode étudiée au laboratoire de chimie bactérienne (CNRS) de Luminy, à Marseille, pourrait porter plus vite ses fruits. Elle consiste à envoyer un virus tuer la xylella. "On a proposé une collaboration sur une thérapie phagique, les phages étant des virus qui infectent les bactéries," explique Mireille Ansaldi, directrice de recherche. "Cette thérapie a été utilisée chez l'humain contre la dyssenterie. Elle peut très bien marcher sur des bactéries type xylella. Des chercheurs étudient des châtaigniers ravagés par une bactérie en Ardèche."
Pendant que les scientifiques s'activent, les oléiculteurs de la région s'inquiètent."Je m'emploie depuis six mois à ne pas paniquer, sourit Olivier Naslès, président de l'association française interprofessionnelle de l'olive (Afidol). On sait que la bactérie entrera par les jardineries. On a eu des doutes sur un jardin en mai. Il y a de l'affolement chez les producteurs. On a demandé que la recherche soit un axe prioritaire." En Paca, la filière oléicole représente un chiffre d'affaires de 60 millions d'euros. "Les oliviers font surtout partie de nos paysages et de notre culture", précise Olivier Nasles.

SECOND APPEL à communication du Colloque International de Biologie Appliquée « CIBA 2015 »



Cher (e)s collègues et ami(e)s

Nous avons le plaisir de vous faire parvenir le SECOND APPEL à communication du Colloque International de Biologie Appliquée « CIBA 2015 » organisé à l’initiative de la faculté des Sciences de la Nature et de la Vie de l’Université des Sciences et de la Technologie d’Oran-Mohamed BOUDIAF.

Les soumissions de résumés de communications sont ouvertes jusqu'au 15/09/2015. Le formulaire d'inscription ainsi que toutes les informations sur le colloque sont disponibles sur le site web du colloque : 





Nous sommes heureux de vous inviter, au nom du comité scientifique et du comité d’organisation, à  participer à cette manifestation scientifique qui  sera, sans aucun doute, un vaste champ d’interactivités  dynamiques  et de réflexions profondes alimentées par vos diverses expériences.
Pour rappel, les trois thématiques principales retenues dans le cadre du "CIBA 2015" sont :
·        Génétique (Humaine et Biodiversité des ressources Animales)
·        Ecotoxicologie (Terrestre et Marine)
·        Biotechnologie (Végétale et Microbienne)

Nous vous attendons nombreuses et nombreux pour partager des moments riches en échanges scientifiques et en convivialité dans notre accueillante et belle ville, Oran "el Bahia".
Vous trouverez toutes les informations sur le site web http://ciba1.webnode.fr/.

Pr. Amel ALIOUA-BERREBBAH
Présidente du "CIBA 2015"