vendredi 4 mars 2016

Biotechnologies : des plantes brevetées aux gènes modifiés… mais non-OGM ?

Cette pomme de terre américaine modifiée génétiquement pour être "moins cancérigène quand on la frit" pourrait ne plus être soumise aux législations des OGM, si les modifications génétiques opérées rentrent dans la catégorie des "Nouvelles techniques de reproduction", les NBT. (AP Photo/John Miller)

Des plantes modifiées génétiquement et brevetées mais qui ne seraient pas des OGM ? C'est possible, et c'est ce que l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO) promeut grâce aux "nouvelles techniques de reproduction". Les mouvements paysans et de défense de la biodiversité tirent la sonnette d'alarme. Explications.


Le 25 mars 2015, l'octroi de plusieurs brevets de l'Office européen des brevets (OEB) pour des légumes — au profit de firmes internationales — a ouvert une première porte à la privatisation des plantes par des industriels en Europe (lire notre article : "Europe : les multinationales peuvent désormais breveter le vivant").

Ces types de brevets, dits de "caractères d'une plante", offrent aux grande firmes des biotechnologies l'équivalent commercial des OGM (Organismes génétiquement modifiés) mais sont uniquement basés sur des "découvertes" de caractères génétiques, pas sur "des modification génétiques". Les industriels des biotechnologies aimeraient pouvoir aller plus loin et "commercialiser sans entraves" ces plantes qu'ils modifient en laboratoire. Mais la législation sur les OGM — particulièrement en Europe — les limite.

La FAO (Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture), appuyée par plusieurs gouvernements ainsi que par les industriels des biotechnologies, s'est donc mise en tête de faire la promotion des NBT (New Breeding Techniques : Nouvelles techniques de reproduction) lors de son symposium 2016 et pousse à faire changer la législation pour que ces plantes ne soient pas classées dans la catégorie OGM (Organismes génétiquement modifiés).

Pour Guy Kastler, membre de la Confédération paysanne, de la Via Campesina , co-fondateur du réseau semences paysannes (et l'un des rares contestataires ayant pu s'exprimer au symposium de Rome de la FAO), les NBT sont "une ruse" des industriels : "Face au refus des OGM par de nombreux consommateurs, l'industrie a inventé de nouvelles techniques de modification génétique et voudrait qu'elles échappent aux réglementations OGM. Ces techniques de génie génétique consistent à modifier les gènes de cellules de plantes cultivées in vitro. Elles produisent sans contestation possible des Organismes vivants modifiées au sens du protocole de Carthagène."

Étonnamment, la FAO ne présente pas son symposium comme une réflexion pour soutenir l'industrie des biotechnologies agricoles, mais pour aider les petits agriculteurs à lutter contre le changement climatique et améliorer la nutrition :


 "Ce symposium international s'intéressera à la façon dont l'application des sciences et des technologies, particulièrement les biotechnologies agricoles, pourrait bénéficier aux petits agriculteurs en développant des systèmes alimentaires durables et en améliorant la nutrition compte tenu du contexte lié au changement climatique."


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