jeudi 9 juillet 2015

L’agriculture écologique et durable face au double défi du climat et de la démographie

Paul Molga / Correspondant à Marseille |

La recherche agronomique tente d’adapter les cultures aux défis du climat. Objectif : réconcilier intensivité et écologie.

D’ici à 2050, la productivité des principales cultures céréalières mondiales (blé, riz, maïs) sera impactée par la hausse des températures dans les régions tropicales et tempérées. Le manque d’eau, l’irrégularité des pluies, l’accroissement de l’évapotranspiration dans tous les écosystèmes, créeront de nouvelles conditions et contraintes de production. Le changement climatique modifiera la répartition géographique des cultures, des espèces envahissantes, des ravageurs et des vecteurs de maladies. Les sols arables seront également fragilisés par le régime de lessivage et l’accélération de l’érosion. Plus de 100.000 hectares de terres fertiles disparaissent déjà chaque année…

Nourrir 9 milliards d’humains

Pour les scientifiques, adapter les cultures au changement climatique est un enjeu massif. « Le défi de l’intensification durable des terres agricoles vient d’ouvrir une nouvelle page de la recherche agronomique, résume Luc Abbadie, professeur d’écologie à l’université Pierre-et-Marie-Curie (UPMC France).
 
 Notre système productiviste est à revoir. Nous devons d’urgence migrer vers une agriculture écologiquement intensive pour subvenir aux besoins croissants de la démographie humaine en préservant la planète. » Ce retour à la « sobriété agricole » vise à rétablir le cycle normal de la matière organique. En cultivant des groupes d’espèces complémentaires, les chercheurs espèrent parvenir à créer des usines naturelles de production d’azote, indispensable à la croissance des plantes. Car, aujourd’hui, l’agriculture utilise des engrais azotés minéraux produits à partir de gaz naturel. Des essais marient donc des légumineuses et des céréales pour mettre au travail des bactéries spécifiques qui recombinent les glucides des plantes en molécules riches en azote. Avec ces stratégies de régulation écologique, on pourra sans doute lutter avec la même efficacité ­contre les parasites nuisibles. Les généticiens cherchent aussi à adapter rapidement les espèces en déclenchant à volonté des gènes impliqués dans certains processus. « C’est l’enjeu majeur des prochaines décennies », estime l’agronome et économiste Michel Griffon. A ce jour, une vingtaine de plantes ont été séquencées, et seulement les plus simples comme la tomate, le soja, le colza, le riz ou le maïs. Les chercheurs chinois du Beijing Genomics Institute ont donné un coup d’accélérateur en lançant une armée de séquenceurs à l’assaut de la formule génétique d’un million de plantes d’ici à 2020. Une fois cet alphabet connu, ils devront encore comprendre la grammaire du langage végétal et ses interactions avec l’environnement.
 
Le temps presse. D’ici à 2050, malgré le réchauffement climatique, il faudra avoir doublé le rendement du blé tendre, qui constitue la nourriture de base de plus d’un tiers de la population mondiale. Soit juste le temps de tester huit générations de nouvelles variétés selon les méthodes de sélection héritées de l’école Vilmorin. 





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